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   Hammam-Dalaa

 

   Septembre 1960

 

   Juin 1962

 Reconnaître le passé est une manière de s’en libérer”. Raymond Aron

 

Tout a commencé un 26 septembre 1960… Deux gendarmes se présentent à la maison à Philippeville pour remettre un pli à “Hélier Jean-Claude″. Grand émoi de ma maman ! Il s’agissait tout simplement du “TO jaune″ télégramme officiel de l’Inspection Académique de Constantine me nommant à Hammam-Dalaa.

Je découvrais ce nom… Mais c’était où ? Appels téléphoniques à des amis… cartes… et enfin voici Hammam-Dalaa situé ! Donc mon trajet sera : Philippeville, Constantine, Sétif, BBA (Bordj-Bou-Arréridj), M’Sila où je devais me présenter à la sous-préfecture avant… Hammam-Dalaa. Une grande aventure et une grande émotion pour moi, qui en juin était ″l’élève″ et qui en septembre devenait “le maître d’école″. J’avais un peu plus de 18 ans !

Oh ! Voyage sans histoire sur deux jours… pour 600 km et c’est l’arrivée à M’Sila en fin de matinée. De la sous-préfecture, j’ai été dirigé vers le poste radio : “Aramis… Pilaf…″ pour l’envoi d’un TO (Tango Oscar) annonçant mon arrivée… un vocabulaire tout nouveau !

Une escorte militaire… trois véhicules… rien que pour moi ? Les militaires du 12ème RCA et ceux de la SAS en profitaient pour ramener du ravitaillement et vers 16h… sortie de M’Sila.

Quel voyage ! Pour la première fois, moi qui avait toujours vécu en ville (Constantine, Alger et Philippeville), je découvrais la campagne, le bled ! Une route, oh pardon une piste, qui m’a paru longue, très longue… Assis dans un Renault surélevé, avec quatre roues motrices, à carrosserie “torpédo″, avec une cabine décapotable et un pare-brise rabattable… Le Moghazni Koli, chauffeur du Capitaine de la SAS, conduisait et un autre en arme était assis à côté de moi. Derrière sur le plateau, s’entassaient les autres moghaznis, les denrées… Près de Dokkara, un cadavre de voiture ? “Pas grave″ me rassura le chauffeur… “Taxi sauté sur une mine″… J’étais rassuré !!!

A mon arrivée, à la SAS, j’étais attendu par le Lieutenant Valentin, le Capitaine Jouaville et Monsieur Leblanc déjà en poste à l’école. Une chambre à l’intérieur de la SAS... Repas à la SAS… et le lendemain 30 septembre 1960 commençait ma carrière d’enseignant ! Un souvenir impérissable !

A 9 heures, j’étais devant la porte de ″ma classe″… 50 oui… cinquante élèves étaient là au silence attendant tout de moi. Ces cinquante élèves étaient en majorité les enfants des harkis et des moghaznis de Hammam-Dalaa. Rentrés en classe, tous étaient debout à côté de leurs tables, dans le plus grand silence, presque ″au garde à vous″… Il est vrai que leurs parents avaient dû leur signifier que le maître ″c’était l’autorité″ et qu’il fallait bien écouter, répéter, respecter le ″chikh l’école″.

Après une grande inspiration, chassant mon émotion, je lançais “Assis″ en joignant le geste à la parole. Et là, quelle surprise ! Toutes et tous ont répété “ASSIS″ en joignant eux aussi le geste à la parole !!! MAIS toutes et tous étaient restés debout ! En fait c’est moi qui me suis assis… les jambes coupées !

Le capitaine Clavié est venu en jeep à l’école… J’étais impressionné par ce jeune capitaine direct et dynamique… Bien entendu nous avons parlé de l’école et de l’après-école. Il avait mis en place un foyer sportif et souhaitait recevoir ma participation. Je me trouvais au beau milieu de l’armée, sans expérience. A travers des PME et PMS, je ne possédais qu’un certificat d’élève gradé, obtenu au camp Péhau de Philippeville, avec les formateurs du 18ème RCP du Colonel Masselot, mais aucune pratique sur le terrain…

Après une formation spécifique d’apprentissage du français à des arabophones à BBA (novembre et décembre 1960), dès le début janvier 61, commençait vraiment mon métier d’enseignant.

 Bien entendu, le ″civil″, que j’étais, devait s’adapter aux mesures de sécurité, d’ordre et de discipline.

Très souvent, j’allais au mess du 12ème. Le Major Lajous était toujours prêt à partager une ″Pils″ et fumer une ″troupe″… Très souvent il venait à l’école avec ce qu’il appelait son char… une 4 CV Renault sans porte, sans échappement… qu’on entendait venir de très loin…

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Les activités étaient très réduites mais intenses : bridge, échecs… mais aussi tirs avec les harkis et les moghaznis… détente au bain chaud ″Hammam″… eau chaude naturelle et sulfureuse.

                          Ecole HAMMAM DALAA 3   Emblème offert par le Capitaine Clavié

 Comme l’avait souhaité le Capitaine Clavié, le CSAH (Club Sportif Amitié Hammam-Dalaa était très actif et j’y participais. Un insigne spécifique, des maillots, des ballons…Avec deux appelés formés aux animations sportives, les enfants hors temps scolaires étaient réunis pour des sorties, des parties de foot, des goûters… et aussi les chants…″l’eau vive″ de Guy Béart entre autres !

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                                         Équipe  1                                                                                                                                           Équipe  2                  

                                                                                       

Ecole HAMMAM DALAA 5  Avec un élève, mais un adversaire sur le terrain ! 

 

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                              à droite le Capitaine Clavié, de dos le Capitaine Jouaville

 

 

 

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Le lundi à Hammam-Dalaa était un jour particulier : le grand marché…C’était l’occasion, pour les capitaines Clavié et Jouaville, de rencontrer les notables… de parler à la foule.

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C’était aussi l’occasion de manger une bonne grillade : côtelettes d’agneau, brochettes de cœurs et de foie…

 

 

 

 

Que retenir de ces deux années scolaires passées à Hammam-Dalaa ?

Le début d’une carrière, la rencontre avec l’Algérie du bled, l’action de l’Armée, de la SAS, la vie dans un groupe, des moments de fête, de tradition de l’armée, tout particulièrement la Saint Georges avec ses méchouis, ses défilés… Des rencontres très enrichissantes, les capitaines Clavié et Jouaville, le toubib Soulié, le lieutenant Dulac à la SAS, le lieutenant Benbelaïd… et tant d’autres.

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La joie d’avoir appris à écrire à des enfants et à des adultes… la récompense en septembre 1961 : mon procès verbal d’installation a été signé par Aribi Ali, Harki, Maire de la commune de Kerabcha.

Tout ne fut pourtant pas toujours idyllique. Je ne cite que les moments les plus marquants :

-      la mort du chef de harka le MDL Bauduin  Lucien

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Et le départ… plutôt les départs !

Au lendemain du 19 mars 1962, une escorte me laissait aux portes de M’Sila. Les écoles devaient fermer, les vacances avancées… je rejoignais ma famille à Philippeville.

Mai 1962, après un court séjour à Hammam-Dalaa… l’école devait fermer définitivement, je terminais l’année scolaire à M’Sila le 15 juin 1962… Comme VSNA, j’ai accompli mes obligations militaires en Algérie en 1966, en continuant mon métier d’enseignant. Bien qu’avec mon épouse nous ayons quitté définitivement l’Algérie début Juin 1973… je n’ai jamais pu retourner à Hammam-Dalaa. Je me suis arrêté à Dokkara… Une grande angoisse… Qu’étaient devenus les moghaznis, les harkis que j’avais côtoyés… ?

En coopération, nous avons poursuivi notre chemin vers El-Oued (jusqu’en 1970), puis vers El-Goléa dans le Grand Sud… jusqu’à notre départ définitif en 1973 vers la France d’abord, puis vers l’Uruguay (jusqu’en 1981)… et toujours dans l’enseignement.

 

“Apprendre d’hier, vivre pour aujourd’hui, espérer pour demain”. Albert Einstein

 

 

 Jean-Claude HÉLIER nous ouvre son ALBUM de PHOTOS

 

 

Chapitre 1  :  L'École

Chapitre 2  :  Le Village

Chapitre 3  :  Les Habitants

Chapitre 4  :  La SAS

Chapitre 5  :  Le 12ème R.C.A.